Produire de nouvelles données grâce au fact-checking

Cheikh Fall, fondateur de Sunu2012.sn (Sénégal) et Nicolas Kayser-Bril, journaliste et développeur Journalism++, (France) estiment que le fact-checking est avant tout lié à la production de données nouvelles en contournant les données officielles, fournies par exemple par l’administration.

Que vous inspirent les expériences de fact-checking telles qu’elles se pratiquent en France ou aux États-Unis comparativement à l’expérience de #Sunu2012 au Sénégal ?

Cheikh Fall : A Sunu, nous nous inspirons de ces modèles, mais nous n’en sommes pas à ce niveau, car l’accès aux données est largement insuffisant. Nous avons 100 personnes qui relaient l’information sur le terrain et une communauté de quelques 1 000 personnes qui suivent le site. Pour nous, l’enjeu principal est de démocratiser ce mode de traitement de l’information et que celui qui habite à 500 kilomètres de Dakar puisse avoir accès à l’information.

Nicolas-Kayser Bril : L’exemple de Sunu correspond tout à fait ce qu’il faut faire en terme de fact-checking. Ils vont chercher les données à la base et ne se contentent pas de vérifier un chiffre sorti de la bouche d’un politique. L’intérêt du fact-checking est de pouvoir vérifier et contester les données officielles. On sait qu’il y a un problème de données, donc l’enjeu est d’en chercher de nouvelles. Car le fact-checking qui se concentre uniquement sur les chiffres n’élève pas le débat politique. Cette pratique existe depuis les années 1990 et on ne peut pas dire que cela ait changé grand chose à la teneur du débat.

Pensez-vous que cette pratique journalistique change la façon d’exercer le métier ?

Cheikh Fall : Le métier de journaliste, c’est d’avoir plusieurs sources, de les croiser et de les vérifier. Mais le citoyen peut aussi prendre sa part de responsabilité dans la vérification des données. C’est ce que nous faisons avec Sunu2012. Les retours de nos observateurs nous ont permis de vérifier les informations.

Nicolas Keyser-Bril : Si cela est bien fait, c’est l’essence du journalisme. En revanche, certaines expériences de fact-checking s’apparentent parfois à du gotcha journalisme, qui consiste à vérifier pour vérifier et à piéger les politiques sur un chiffre inexact. On peut donc se demander à quoi servent les journalistes dans ce cas là et ce qu’il convient de vérifier.

About Delphine Tayac

"J’ai 26 ans. Je suis actuellement étudiante à l’ESJ-Bondy et journaliste au Dauphiné Libéré depuis novembre 2010. Diplômée de Sciences Po Toulouse, j’ai ensuite poursuivi mes études en économie sociale et environnement avant de me tourner définitivement vers le journalisme. Jusqu’ici, j’ai principalement évolué en presse écrite, j’ai aussi fait un peu de radio dans une radio associative parisienne."
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